Choix de programmation original, la première partie est un film. Un reportage sous forme de road-movie entre Chicago et New-Orleans pour remonter la route du blues. Hélas, 1) j'avais déjà vu ce reportage cet été sur France 5 2) je l'avais déjà pas trouvé super 3) le voyage s'arrête à Memphis, à la moitié du chemin.
Le groupe à peine sur scène, une longue intro musicale commence. Anne Harris, la violoniste, fait son show. Sexy, rock'n'roll, poses lascives, déhanchés, crissement de crin sur les boyaux séchés tendus à l’extrême. On est soufflés dès les premières minutes à tel point qu'on en oublie Otis Taylor, qui entre nonchalamment sur scène. Large carrure imposante, barbe, casquette de camionneur. il empoigne un banjo avec plus de détachement que n'importe quel groupe de petits anglais affectés en jeans slim.
Il se retourne et passe lentement une stratocaster d'un bleu pisseux autour du cou et s'applique avec précaution un pansement sur le haut du pouce. Et on a beau s'en faire un peu pour celui qui devrait être le maître de cérémonie, on prend vraiment notre pied pendant ces intermèdes entre les morceaux car, derrière, le groupe continue à jouer. Solos de guitare, vrombissement de basse, martèlement de batterie et mélodies irlandaises ou classiques au violon. Toute l'émotion retenue sur les disques se fait rageuse sur scène et Otis Taylor est le contrepoint de son groupe. Voix douce, jeu de guitare économique, sa lenteur exaspérante du début se fait expérience du sage au fil du concert ponctué de tours de forces.
J'ai à nouveau eu les poils, comme à chaque fois que j'écoute Rain So Hard depuis que je l'ai découverte il y a trois mois.